Y a des jours comme ça, où on se dit qu’on n’est pas fait pour le boulot. Qu’on mérite plus que personne de gagner cet euromillions de merde vendredi, et que non j’ai pas honte de pas penser aux plus malheureux, ça me file la déprime sinon, alors hein, je protège ma santé moi. Si je pensais chaque minute à tous les gens moins bien lotis que moi, je me serai déjà jetée par la fenêtre, mais elle est pas très haute, je risquerai de survivre en étant paralysée à vie, c’est pas le bon plan, alors mieux vaut ne pas y penser.
C’est quand même fascinant la vie :
on vient au monde : objectif : aucun on supporte les gens gaga qui vous parlent en bétifiant, gouzi gouzi, de mariner dans sa couche pleine de crotte, de passer de bras en bras (quelle horreur quand je pense à tous les gens qui ont du me porter et me papouiller quand j’étais bébé alors que maintenant je refuse systématiquement la bise aux inconnus, berrrrrrrrk) jusqu’à ce qu’on acquiert la capacité de parler.
Puis vient l’enfance : objectif : faire un maximum de conneries qui rendront tes parents fous de rage, histoire de t’amuser un peu, parce que franchement la vie ce n’est pas drôle. En plus, tu dois porter les fringues que ta mère a choisies pour toi, ce qui en général ne te rend pas hyper glamour, et ton père en profite pour prendre plein de photos humiliantes qu’ils ressortiront devant tes amis, et petits amis histoire de bien te foutre la honte sa race.
Quelques temps plus tard, tu subis un traumatisme horrible, tu atteins la puberté ,objectif: emmerder encore plus tes pauvres parents. Ce grand moment où les boutons te poussent sur le visage, que tes hormones te travaillent. Ton esprit rebelle s’éveille, et comme à la petite enfance, ta seule ambition dans la vie est d’emmerder tes parents, sauf qu’il y a un plus, maintenant tu veux un(e) petit(e ) copain (ine) (le copain c’est celui avec qui on partage le pain, et la copine celle avec qui on partage la p…, enfin z’avez compris, c’était la vanne du jour). Et tu jettes ton dévolu sur le petit mignon du fond de la classe, comme les 20 autres filles de la classe. Tu écris dans un cahier son prénom sur des centaines de ligne, avec des gros c½urs bien ridicules partout. Pour changer de proie la semaine d’après. Oui, les jeunes filles sont versatiles. Les garçons eux, à cet âge là, leur technique d’approche est subtile : ils t’embêtent tout le temps, te mettent limite des baffes pour attirer ton attention, et ils espèrent ainsi t’inspirer un amour éternel. En plus de toutes ces préoccupations hautement existentielles, tu dois passer ton bac. Le truc qu’on te rabâche jour et nuit. Et oui. Ce truc dont tu découvriras par la suite qu’il n’a plus aucune utilité dans la jungle qu’est la vie. La vie n’est pas drôle.
Après l’adolescence, tu entames ta pseudo vie d’adulte : objectif : survivre et avoir un diplôme. Pseudo parceque tes parents continuent de t’entretenir. Tu as eu ton bac, tu crois que c’est la fête du slip ? Mais non, parceque maintenant c’est les études supérieures. Tu dois non seulement bosser dix fois plus qu’avant, mais en plus, pour ceux qui ont quitté le foyer parental, tu dois apprendre à te faire à manger, et tu te rends compte que le frigo ne se remplit pas par la seule force de ta volonté, et que non cette couche de crasse nauséabonde dans les toilettes ne partira pas seule.
Tu décroches ton diplôme et tu te dis que ça y est, c’est fini. : objectif : trouver un job. Ben non, c’est pas fini. Maintenant tu dois aller supplier qu’on t’embauche, te rouler par terre, ou montrer tes cuisses pour qu’on accepte de te payer toi, pour faire un truc que t’as jamais fait, et qui t’intéresse autant que le système de reproduction des walabis. Mais tu DOIS le faire, sinon tu iras camper sur les bords de Seine. Te voilà dans la vie d’adulte. Tu dis bonjour chaque matin aux mêmes malheureux qui partagent ton sort. Tu manges sur le pouce, car ton seul but dans la vie maintenant c’est de te barrer le plus tôt possible du bureau pour aller faire dieu sait quoi d’insignifiant. Bref, maintenant, tes objectifs ont évolué. En effet, emmerder tes parents n’est plus ta priorité. Désormais ta priorité c’est de « réussir ta vie ».