Vingt soldats d'élite tués dans un attentat: nouveau revers pour Islamabad
ISLAMABAD (AFP) - La police enquêtait vendredi sur les liens probables entre Al-Qaïda et le kamikaze dont la bombe a tué jeudi 20 soldats d'élite dans une base ultra-sécurisée du nord-ouest du Pakistan, un camouflet pour Islamabad, qui peine dans sa guerre contre les islamistes proches du réseau d'Oussama Ben Laden.
Les victimes étaient précisément membres d'un commando d'élite chargé de traquer les membres d'Al-Qaïda, dont Washington assure qu'ils ont reconstitué leurs forces dans les zones tribales du nord-ouest, frontalières avec l'Afghanistan, aux côtés de leurs anciens hôtes, les talibans afghans, chassés du pouvoir à Kaboul fin 2001.
Cet attentat-suicide, en plein coeur d'un des sanctuaires les plus sécurisés de l'armée, à Tarbela, à quelque 70 km au nord-ouest d'Islamabad, a frappé les les soldats les mieux entraînés du pays, au moment où ils dînaient au mess. Il a également fait près de 30 blessés.
"La cible était la Force des Opérations Spéciales, spécialement dédiée aux opérations contre Al-Qaïda", a expliqué à l'AFP un officier supérieur, sous couvert de l'anonymat. L'opération, extrêmement bien préparée, porte la marque d'Al-Qaïda, estime un des ses pairs.
L'effet sur le moral des troupes et l'opinion publique est des plus dévastateurs, comme le prouve la tentative, jeudi soir, des responsables de l'armée de différer l'annonce qu'il s'agissait d'un attentat.
Le revers est cinglant: le président du Pakistan, le général Pervez Musharraf, dans le collimateur d'Al-Qaïda depuis qu'il est devenu l'allié-clé de Washington dans sa "guerre contre le terrorisme", avait lui-même fait partie de ce groupe d'élite.
Sous la pression des Etats-Unis, il a intensifié depuis deux mois l'effort de guerre contre les combattants islamistes qui infestent les zones tribales du nord-ouest, qu'ils soient pakistanais ou étrangers.
En réponse, une vague sans précédent d'attentats-suicides et d'attaques, surtout dans le nord-ouest, a fait plus de 270 morts depuis l'assaut par l'armée, les 10 et 11 juillet, de la Mosquée rouge d'Islamabad, un sanctuaire des militants islamistes qui défiaient depuis longtemps les autorités en plein coeur de la capitale.
Une centaine de ces radicaux, lourdement armés, avaient été tués dans l'assaut. Dès le lendemain, les leaders intégristes pakistanais, mais aussi le numéro 2 d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, juraient de les venger et d'abattre le régime de Musharraf.
Les attentats ont frappé principalement les militaires mais également de nombreux civils à Islamabad et sa banlieue.
"Le champ d'action des terroristes est réduit de jour en jour par l'armée, alors ils essaient de se venger", a bien essayé d'expliquer à l'AFP le général Waheed Arshad, porte-parole de l'armée, à propos de l'attentat de Tarbela, qui paraît inconcevable dans une telle forteresse, sans complicité intérieure.
Certes, l'armée a assuré avoir tué plus de 80 combattants islamistes dans les zones tribales mercredi et jeudi, mais elle essuie de nombreuses attaques meurtrières et des enlèvements, dont l'un, rocambolesque, la contraint à négocier depuis plus de deux semaines la libération de quelque 240 soldats faits prisonniers sans coup férir par une tribu pro-taliban dans le nord-ouest.
"Ils tuent des gens innocents pour provoquer la peur mais notre volonté de débarrasser la société de ces extrémistes est inaltérable", a martelé le général Arshad.
"Ces actes d'une grande lâcheté (...) ne peuvent rester impunis", a sobrement déclaré M. Musharraf à l'agence de presse pakistanaise APP.